L’envol d’un papillon d’or

PORTRAITS

L’envol d’un papillon d’or

Le trendy Paris l'adore, aujourd'hui, il l'honore. Alexis Mabille a enfin présenté sa collection pour l'hiver 2008/09, en janvier, durant la semaine des défilés Haute Couture. Portait d'un créateur papillonnant.

 

 

La Haute Couture n'est pas prête de s'éteindre. Alors que les grandes maisons parisiennes continuent de faire rêver les femmes du monde entier à coups de broderies et de paillettes, de jeunes créateurs à l'immense héritage commencent à se faire une place dans le saint des saints de la Mode.

 

Ainsi, en janvier 2008, a déboulé sur les catwalks de Paris, un trublion coloré, le cheveu volant, et le nœud pap' cramponné au col de sa veste.

Alexis Mabille, à la lisière de la trentaine, a présenté pour la première fois sa collection pour l'hiver 2008/09 durant la semaine de la couture. Et il y a soufflé comme un vent frais matinal, car Alexis Mabille est un créateur à part, une personnalité aussi talentueuse qu'attachante. Bref, Alexis Mabille est différent.

 

Aujourd'hui, avec la profusion des marques, les écoles de stylisme regorgent de jeunes gens voulant s'exprimer en dessinant des vêtements. On « fait » styliste, comme on « fait » footballeur ou banquier. Il en va autrement avec Alexis ; la mode est tombée sur ce jeune lyonnais très tôt, comme un signe venu de là-haut. Enfant, il fouillait les greniers, découpait des tissus, faisait ses premières robes. Cette histoire a des airs de déjà entendu, près de 1000 fois même, mais là, elle est vraie ; et l'on s'en rend compte en discutant avec Alexis, qui connaît sa discipline sur le bout des doigts, si bien qu'un sourire malicieux le traverse quand il en parle.

Ensuite vint une adolescence où il commence à avoir sa clientèle « privée », lui l'autodidacte, d'abord à Lyon et sa région, puis, le bouche à oreille faisant, à Paris. C'est à cette époque que le fougueux créateur entretient une correspondance avec Christian Lacroix, son idole.

Il prend alors la décision de voler vers Paris pour côtoyer les grands noms qui le font rêver. Il s'inscrit à l'école de la chambre syndicale de la couture parisienne, fait de nombreux stages, notamment chez Christian Dior. Il y rencontre John Galliano, qui lui confie la réalisation de bijoux fantaisies et de lingerie couture. Alexis découvre Paris, y pioche de l'inspiration, s'y fait connaître.

9ans dans la maison Dior pour apprendre les ficelles de cette industrie d'or, et le voilà prêt à se lancer. Il crée, avec l'aide de sa mère et de sa belle-sœur, sa propre maison, Impasse 13, et présente sa première collection au printemps 2006. Et comme toujours, Alexis ne prend pas la mode dans le sens du courant ; il pagaye assez fort pour créer le sien. Ses collections joue sur un troublant concept : toutes ses pièces sont unisexes, aussi bien taillées pour l'Homme que pour la Femme. Une androgynie maîtrisée à la perfection grâce à une coupe semblant être fait avec un scalpel d'argent.

Alexis le sait, le pari était audacieux, voire même risqué ; mais le challenge est réussi, Monsieur Mabille.

Le problème (pour ses assistants !) c'est que le lyonnais est branché sur 100 000 Volts, que le risque l'amuse et que sa créativité, quand il s'agit de chiffon, n'a pas de fin.

C'est pour cela qu'il a créé Treizor, sa ligne de nœuds papillons, son porte-étendard. Alors que le bow tie était tombé en complète désuétude, Alexis eut l'idée de lui redonner vie, de façon ludique, en le travaillant dans toutes sortes de matériaux, du vynil au vison, du cachemire au croco. Les nœuds pap' de Treizor ne s'ennuient pas forcément sous un col de chemise (on a dit qu'Alexis et le commun de mortels ne vivaient pas dans la même planète créative), mais se glissent sous une mèche de cheveux, décorent une ceinture, glanent les revers de col de vestes.

 

C'est cette facilité à créer quelque chose que l'on a jamais vu ailleurs, qui a poussé plusieurs maisons de luxe à faire appel au jeune créateur pour des projets spéciaux et autres séries limitées. En 2007, A.M a donc collaboré avec Lancôme, imaginer une ligne de maroquinerie avec Goyard et créer des bijoux pour la mythique maison Yves Saint Laurent. Comme couronnement et cerise sur le gâteau, des pièces Haute Couture du « Pape du nœud pap' » ont été exposées chez Didier Ludot, au milieu d'illustres aînés (Cardin, Alaïa, Patou, Balenciaga...).

C'est donc tout naturellement que la chambre syndicale a invité cet ovni à faire défiler ses collections lors de la fashion week de janvier.

 

 Alors, prenez garde, la Show Mabille ne fait que commencer !

 

Louis Bompard 

 

 

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