LIFESTYLE
Atlantis The Plam, Le Léviathan à Dubaï
Un hôtel dantesque entièrement dédié à l'Atlantide, la cité mythologique engloutie. C'est le resort dernier-né de Dubaï, avatar avancé de la civilisation. Sans doute aussi le plus james-bondien du moment.
Curd Jürgens en rêvait dans L'Espion qui m'aimait, Sol Kerzner l'a fait. » Tel pourrait être le credo de cet hôtel titanesque. A l'heure où sort Quantum of Solace et son intrigue sur fond de « guerre de l'eau », L'Atlantis The Palm chlore la sienne sans compter pour le plaisir de ses clients. Au bout d'un tunnel carrelé de fresques marines flambant neuves, aux abords de résidences pour expatriés bien rangées et étroitement surveillées, il se dresse là, immense. Comme un joyau monté sur ce diadème que forme le dernier croissant de la Palm Jumeirah, surhumaine avancée sur la mer décidée par un cheik utopiste. L'Atlantis The Palm s'étend sur 46 hectares et entend bien exporter une « expérience » (le terme est répété, ici, inlassablement) de tourisme « à l'américaine ». Plus de 1 500 chambres. 17 restaurants. Un « aquarium » de 11 millions de m3 d'eau construit au cœur de l'hôtel et qui permet aux clients d'admirer, parmi les 300 espèces recensées, des requins, des raies, voire une baleine, tout en flânant dans des couloirs rutilants, marbrés et savamment climatisés. Bienvenue à L'Atlantis The Palm, resort fou, fou, fou ! A la tête de cet ambitieux projet, Sol Kerzner, 73 ans, moghol de l'hôtellerie et du jeu international. Un ex-comptable capable de vous sortir de terre, au début des années quatre-vingt, Sun City, un Las Vegas sud-africain en pleine crise de l'apartheid (ce qui lui vaudra le refus de Bono ou de Bruce Springsteen de venir chanter sur place). Atlantis The Palm, un endroit unique ? Des milliers de kilomètres de moquette bigarrée, des colonnades rococo aux reliefs de coquillages et de conques, des plafonds d'une naïveté presque embarrassante, une Bridge Suite (16 200 € la nuit) comme sortie d'un rêve fou de Malko Linge... Tout ce décorum pour le client local ou russe ou chinois, fortuné si possible, et féru de grandiloquence. L'heure est à la globalisation touristique, petit frère. L'épure y perdra ce que les records y gagneront. Toujours plus haut. Toujours plus grand. Toujours plus cher. L'entourage de Sol Kerzner annonce un budget total de 1,5 milliard de dollars. « Les retombées vont être extraordinaires. Les gens sont curieux de voir ce que donnent les attractions, le Kids Club, le Spa, le monde marin...Tout cela va attirer beaucoup de monde », assure Jim Boocher, le monsieur Développement du groupe et bras droit confiant du roi Kerzner.
Il faut bien avouer que l'endroit a de quoi intriguer. Parmi les 166 suites, la Neptune et la Poséidon, des triplex dont les fenêtres donnent sur l'Ambassador Lagoon, l'aquarium géant qui faisait grand bruit à Dubaï largement avant l'ouverture de l'établissement. Une garderie ultra sophistiquée, où les gosses, entre ordinateurs, salle de projection et mini-conférences sur le respect de la nature, sont choyés avec clairvoyance. Il y a aussi le Club Rush, havre bling-bling pour ados - promesse de débauche baveuse et d'orgies aux sodas - et le Sanctuary, une boîte de nuit de plus de 2 000 m2 pour les adultes. L'Atlantis The Palm, même s'il joue ouvertement la carte familiale (90 % des chambres sont communicantes), souhaite répondre aux désirs de tous et de toutes. Le Spa, comme il se doit, est immense et labyrinthique pour mieux s'y perdre et s'y reposer. Traversées les galeries marchandes d'un luxe débordant (Rodeo Drive, Tiffany & Co., Porsche Design...), vous tombez sur une brasserie comme Paris n'en propose plus, croisement hygiéniste entre La Coupole d'Hemingway et le chromo des Halles oubliées. Isabelle et son père Michel Rostang y ont installé la French Brasserie, parfum d'Hexagone dans ce barnum sans frontières : « Nous voulions restituer l'esprit et la tradition des bistrots français, souligne la jeune restauratrice. Avec la volonté de proposer une qualité et une diversité de produits que le client ne s'attend pas à trouver en plein désert. » Une gageure ? « Non, un container part même de Rungis tous les jours. La vraie contrainte a été de trouver des viandes et volailles halal de qualité. Nous avons élaboré nos recettes en symbiose avec la culture locale. Il nous a fallu parfois être inventifs : faire un pâté en croûte de canard sans porc, ce n'était pas gagné ! » Et puis, il y a les Lost Chambers, ce dédale d'aquariums où ont été réunies des espèces souvent rares. Et, dehors, la Dolphin Bay où, par groupes de 7 ou 8, les curieux pourront approcher, caresser - contre un ticket d'entrée - des dauphins entourés par des spécialistes venus de toute la planète. Aussi, le parc Aquaventure, avec ses toboggans vertigineux et ses bassins ludiques, question de se soulager de l'éternel cagnard ambiant... et encore... et encore...
Tout a été imaginé, étudié, minuté pour maximiser le taux d'occupation. La ville semble avoir - pour l'instant - le vent en poupe. A défaut, il faut oser imaginer L'Atlantis The Palm gagné par le sable. Une Atlantide en plein désert. Une Atlantide à l'envers. Vision de fin d'un monde ? Et si on allait plutôt se baigner ?
** Quatre chefs étoilés **
Parmi ses 17 restaurants, L'Atlantis The Palm accueille quatre chefs de renom aux origines et univers gastronomiques différents.
Rostang, The French Brasserie : deux étoiles au Michelin pour le chef français qui revisite ici la tradition du bistrot parisien. Comptoir en zinc, cave à vins, fruits de mer... Un favori dans le menu : le « Hot Duck », foie gras et magret de canard fumé.
Nobu : 1 068 m2 dédiés à l'un des maîtres de la cuisine japonaise, lequel, dans une ambiance raffinée et zen, s'essaye à la fusion Asie, Amérique du Sud et saveurs arabisantes.
Ronda Locatelli : ambiance plus ludique et boisée pour le chef Giorgio Locatelli, deux étoiles au Michelin. 706 m2, 295 couverts, un bar à apéritifs italiens et la volonté de revigorer les habituelles recettes de pasta et de pizza.
L'Ossiano : décor plus « intimiste chic » pour le restaurant de l'Espagnol Santi Santamaria, trois étoiles au Michelin. Avec un atout majeur, au-delà de la cuisine : la salle donne directement sur les profondeurs de l'Ambassador Lagoon !

CARNET PRATIQUE
- Atlantis The Palm : The Palm Jumeirah, Dubaï, UAE. DeLuxe Room à partir de 525 € la nuit. Réservation : 00 971 4 426 1000, www.atlantis thepalm.com
- Etihad Airways : La très jeune compagnie aérienne d'Abu Dhabi peut s'enorgueillir d'une flotte - composée en grande majorité d'Airbus - parmi les plus récentes, luxueuses et agréables du monde entier. Ici, les classes se conjuguent de « Diamond » pour la first, « Pearl » pour la business à « Coral » pour l'économique. Cuisine raffinée et un nombre record de divertissements multimédia. A l'arrivée à Abu Dhabi, le transfert jusqu'à Dubaï (une heure environ), compris dans le prix, s'effectue en autocar de luxe pour les « guests » de la Coral et en berline avec chauffeur pour les autres. Dix vols directs par semaine au départ de Roissy-Charles de Gaulle, terminal 2A. Informations et réservations au 01 47 42 20 00, www.etihadairways.com
Par Jean-Pascal Grosso - Photographie Vincent Ferrane
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