Claude Berri ouvre une galerie dart contemporain

ARTS ET DESIGN

Claude Berri ouvre une galerie d'art contemporain

Par Olivier Reneau

A 73 ans, Claude Berri qui continue d’occuper une place de premier choix sur le grand écran – il a récemment produit le film La graine et le mulet– s’apprête à ouvrir à Paris un lieu d’art contemporain pour y exposer les artistes qui comptent à ses yeux.


En cinquante ans de carrière cinématographique, Claude Berri a navigué avec une aisance d’équilibriste entre des rôles d’acteur, de réalisateur, de scénariste et de producteur, faisant exister quelques-uns des plus beaux chefs d’œuvre du cinéma français de cette période. Mais aussi, fait sans doute moins connu du grand public ; il a partagé une bonne partie de ce temps avec sa passion de l’art contemporain dont il est devenu l’un des plus âpres collectionneurs. Jusqu’à aujourd’hui, ouvrir une galerie. Pour Claude Berri, ce nouveau projet d’un lieu dédié à l’art n’est pas tout à fait une inconnue. Déjà, en 1990, il se lançait dans l’aventure de Renn Espace d’art, une ancienne imprimerie de 800 m2 aux volumes quasi parfaits sise au 7 rue de Lille à Paris, reconvertie en galerie d’art et où certaines des plus remarquables expositions d’art contemporain du moment s’y sont jouées : Sol Le Witt, Daniel Buren, Simon Hantaï, Yves Klein et bien sûr Robert Ryman (par deux fois d’ailleurs), pour ne nommer qu’eux. Presque 10 ans après la fermeture de cet espace mémorable- une activité d’expositions s’y est toutefois poursuivie jusqu’en 2003 dans un plus petit espace de la rue de Verneuil - Claude Berri entend renouer avec l’expérience d’un lieu d’art ouvert au public. Comme si cette passion pour la création contemporaine devait se partager avec le plus grand nombre. Comme si les œuvres qui peuplent son appartement ne suffisaient pas à étancher sa soif d’apprendre sur l’art, sur la vie, sur les autres. Ou tout simplement comme si l’action s’averrait nécessaire pour cet homme qui n’a pas hésité à céder en cours de route certains chefs d’œuvres pour en acquérir d’autres jugées plus fondamentaux à ses yeux. Tout du moins sur le moment, comme pour avancer.

En cette fin du mois de janvier, le local situé dans le passage Sainte Avoye à Paris que Claude Berri a tout simplement trouvé par petites annonces demeure encore en travaux. Mais pas pour longtemps. Le planning est dans les temps et le projet d’aménagement imaginé par l’architecte Jean Nouvel pour transformer cet ancien show room de mode en espace d’expositions en lumière naturelle commence à prendre forme. La façade en verre sera très bientôt installée, les murs blanchis et tout le dispositif mis en œuvre pour accueillir le public à l’exposition inaugurale.

Pour l’heure, Claude Berri propose le cadre de son appartement de la rive Gauche pour s’expliquer sur les détails de ce nouveau projet. Histoire aussi peut-être que ses œuvres parlent un peu pour lui de cet intérêt devenu une véritable obsession. Car des œuvres, il y en a. Pèle mêle, on y croise des signatures comme Ad Reinhart, Jeff Wall, Christian Boltanski, Thierry de Cordier, Alexander Brauner, Louis Soutter, Hans Bellmer, Giorgio Morandi, Tacita Dean, Wim Delvoye, Henri Michaux, Man Ray… Sur tous les murs, parfois posées au sol ou à plat sur une table, dans l’attente d’être mieux installées. Et dans chaque pièce, du mobilier signé Pierre Chareau, Serge Mouille, Charlotte Perriand, Jean Prouvé…

L’on distingue tout de même une préférence pour les œuvres picturales parmi lesquelles sept monochromes blanc de Robert Ryman avec lesquels Claude Berri vit au quotidien depuis plusieurs années. L’artiste américain avait fait l’ouverture de la rue de Lille avec une exposition rassemblant une quarantaine d’œuvres. Du jamais vue en France à l’époque et un accrochage qui marque encore les esprits. Celui de Claude Berri y compris. « C’est grâce à cet artiste que j’ai réellement ouvert les yeux sur l’art de la seconde moitié du 20è siècle. J’avais bien acheté auparavant des œuvres de Magritte et de Lepimcka mais cette forme d’attention à la lumière, c’est avec Ryman que j’en ai pris conscience ». Celui que d’aucun considère comme l’un des grands collectionneurs d’art contemporain en France y est en fait venu plutôt tard. A la fin des années 1980 tandis que son ami Marc Blondeau, alors chez Sotheby’s, admire une toile du peintre américain chez le marchand zurichois Thomas Amann, le déclic s’amorce. « Je ne comprenais pas ce qu’il pouvait trouver de si extraordinaire à ce tableau tout blanc. Et c’en découvrant un peu plus tard l’accrochage d’une cinquantaine de toiles chez Christelle et Urs Raussmüller à Schaffhausen que j’ai commencé à comprendre ce travail. Il régnait là une atmosphère très agréable et j’ai saisi que c’était l’éclairage qui révélait toute la force de ces aplats peints et immaculés».

En homme de l’image projetée, Claude Berri est évidemment sensible aux jeux de la lumière et à l’émotion qu’elle suscite. Et ce critère deviendra vite un guide dans son appréciation des oeuvres. Néanmoins, à l’exception de documentaires qu’il réalise sur les marchands d’art Léo Castelli et Ernst Beyeler, il ne conjuguera pas son activité professionnelle avec sa passion d’amateur averti. Jamais, il ne tentera d’expériences artistiques dans ses films, si ce n’est peut-être par l’écriture. « Mon cinéma est sans doute plus proche de l’impressionnisme que de l’art contemporain . Mais je n’aime pas comparer les médiums, c’est une tentative un peu vaine. Chaque expression a sa place ». Pendant longtemps, il n’est pas particulièrement non plus attiré par la photographie, considérant - à tort, il le reconnaît volontiers- que la lumière ne pouvait plus s’y immiscer une fois le travail du photographe effectué. « Et c’est un rendez-vous avec la veuve de Brassaï qui m’a fait regarder autrement ». Depuis le manque a largement été comblé et son appétit pour la photographie plasticienne, actuelle comme vintage, n’a de cesse d’être renforcé par les découvertes qu’il fait lors de ses « tournées » en galerie. Car on l’aura compris, pour Claude Berri, l’art est aussi et avant tout une histoire de rencontres. Celles avec les œuvres et les artistes bien sûr mais aussi avec les critiques d’art, les marchands, ceux qui ont la connaissance et qui lui ont permis de décrypter la valeur d’une pièce.« Je suis extrêmement reconnaissant à tous ces professionnels souvent devenus des amis qui m’ont permis d’avancer et de transformer ma vie ».

Des personnalités comme Marc Blondeau qu’il côtoie depuis les débuts, le galeriste Baudoin Lebon qui l’a initié au travail de Dubuffet et une figure comme Léo Castelli qui lui avait fait découvrir la scène américaine. Ou bien encore le courtier Philippe Ségalot et le curateur Jean-Louis Froment à qui il confia le commissariat de l’exposition de Daniel Buren. Alors que l’entretien s’achève par un tour complet de ce « musée » très privé, rendez-vous a été pris le lendemain pour une visite de chantier à quelques semaines de l’ouverture. Les œuvres ne sont pas encore installées mais Claude Berri savoure l’avancée des travaux. Le regard ausculte l’espace, les détails de l’architecture conçue par Jean Nouvel et plus encore la lumière qui baignera ce lieu fait d’un seul volume.

Il y a presque 20 ans, il ouvrait Renn Espace d’art par le minimalisme d’un Ryman, aujourd’hui c’est l’exubérance narrative – et figurative - d’un Gilles Barbier qui essuie les plâtres de la nouvelle galerie. Un tout autre univers qui révèle un nouveau chemin sur lequel notre collectionneur s’aventure depuis quelques temps. Il y a trois ans, c’est notamment la rencontre avec le galeriste Georges-Philippe Vallois qui l’entraîne vers de nouveaux champs d’exploration. « Avec les artistes de sa galerie, il m’a vraiment ouvert les yeux sur l’art contemporain, je veux dire celui d’aujourd’hui. Ce que j’aime par exemple chez Barbier, c’est son talent de dessinateur et plus encore l’étrangeté des peintures qu’il réalise». Aussi dans le même temps, Claude Berri est attentif à la diversité des enjeux artistiques du 21è siècle naissant. « A la nuit blanche en 2005, j’ai été émerveillé par l’œuvre de l’artiste indien Subodh Gupta installée à l’église Saint-Bernard. Mais quelqu’un a couru plus vite que moi pour acheter ce crâne constitué d’un amoncellement d’ustensiles de cuisine en inox. »Mais quand Lille célèbre l’an passé les artistes indiens lors de la manifestation Lille 3000, Claude Berri est le premier sur place à satisfaire cette envie d’ailleurs. Un désir qu’il reconnaît très honnêtement avoir été possible grâce au cinéma. « Sans mes succès, je n’aurai pas été capable de constituer ma collection.

Mais aujourd’hui, j’ai l’impression de me sentir plus doué pour l’art que pour le Cinéma. Donner moi Beaubourg et je prends » déclare-t-il sans prétention aucune. Juste pris par cet enthousiasme qui le caractérise tant. Galerie Claude Berri Ce nouveau lieu d’art à Paris sera donc inauguré par une exposition de l’artiste Gilles Barbier. Fort d’une dizaine d’œuvres, elle réunit à la fois des œuvres de Claude Berri et d’autres produites par l’artiste et son galeriste, Georges-Philippe Valois. Ce principe entend ainsi instaurer le fonctionnement de la galerie; Un lieu en phase avec les réalités économiques du marché et qui fera à chaque fois appel à un opérateur extérieur pour « produire » l’événement. Il en sera de même avec la seconde exposition consacrée aux artistes indiens et où Claude Berri présentera quelques unes de ses récentes acquisitions en regard d’œuvres fraîchement réalisées et donc à vendre. Pour la suite, le nom de Guiseppe Penone circule déjà ainsi qu’une exposition consacrée à la figure de l’arbre dans l’art contemporain.

 

Galerie Claude Berri, à partir du 21 mars, 4 passage Sainte Avoye (entrée par le 8 rue Rambuteau) 75003 Paris, www.espaceclaudeberri.com . Entrée libre

 

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