ARTS ET DESIGN
Commissaire critique, Andrea Bellini
En charge de la revue Flash Art International durant quatre ans, le critique et historien de l'art Andrea Bellini a repris, l'an passé, les rênes de la foire Artissima à Turin. Une arrivée qui n'a pas manqué de surprendre les acteurs du marché de l'art. Il nous fait part de ses objectifs et de sa vision du marché actuel.
L'Officiel : Qu'est-ce qui vous a motivé pour passer du domaine de la presse à celui du marché de l'art ?
Andrea Bellini. "Je pense que l'hybridation des rôles dans le monde de l'art constitue l'un des phénomènes les plus intéressants de ces dernières années. Les artistes organisent des expositions, les galeristes deviennent des artistes, les commissaires artistiques deviennent des directeurs de galeries, les directeurs de foires deviennent des directeurs de musées, les critiques et les éditeurs, des directeurs de foires. Je m'intéresse à l'ensemble du système de l'art et je veux l'observer depuis différents points de vue. J'aime aussi sauter dans le vide : c'est le moment où l'on apprend le plus et beaucoup plus rapidement."
Dans le panorama de la création contemporaine, quel regard aujourd'hui portez-vous sur la place de Turin en Italie ?
"Turin est extraordinaire, l'une des rares villes italiennes à être dotée d'une classe politique qui croit et qui investit dans le contemporain. C'est pour cette raison qu'elle possède d'excellents musées (Castello di Rivoli et Galleria Civica d'Arte moderna e contemporanea), d'importantes fondations privées (Fondazione Sandretto Re Rebaudengo et Fondazione Merz) et une foire très pointue qu'est Artissima. Malheureusement, Turin est une exception en Italie. Mon pays est actuellement gouverné par une classe politique qui a tissé peu de liens avec le monde de la culture, une classe politique qui me préoccupe beaucoup."
Aujourd'hui, il existe une multitude de foires dans le monde. Quel est le positionnement exact de Artissima ?
"L'objectif d'Artissima est d'être un observatoire du contemporain et de la recherche artistique. Nous ne comptons pas imiter Frieze ou Art Basel : les chemins empruntés par d'autres ne nous intéressent pas. Artissima nourrit l'ambition d'être un lieu dans lequel sont recueillies en temps réel les meilleures nouveautés et informations. Nous souhaitons être une fenêtre sur le monde contemporain et sur l'art des jeunes artistes. Ce sens de la découverte et de la recherche représente la valeur ultime de notre exploit intellectuel."
Pensez-vous que les foires doivent évoluer vers d'autres formes d'événements ?
"Les foires doivent rester des foires, à savoir des lieux où l'on peut acquérir des œuvres d'art, et si possible de véritables chefs-d'œuvre. Cela dit, je crois également au concept de foire comme ‘archipel', c'est-à-dire comme un lieu idéal autour duquel gravite un ensemble d'événements culturels différents."
Le marché se sert souvent des noms des artistes stars pour faire l'événement. Y a-t-il une place pour une scène plus émergente, que ce soit celle des artistes ou celle des galeries ?
"Oui, tout à fait. Le marché s'ouvre de plus en plus à la scène émergente et c'est dans cette optique même que doit se placer Artissima. Nous ne pouvons ni ne voulons constituer la foire des records, des stars et des divas du cinéma ! Nous voulons qu'Artissima reflète plutôt un état du discours sur l'art."
Cette année, avez-vous établi des liens avec la Triennale de Turin ?
"Nous avons choisi de rester à notre place. Nous sommes convaincus que la Triennale, dirigée par Daniel Birnbaum, aidera la foire à croître et à avoir du succès, mais nous pensons aussi que ces deux événements doivent rester distincts."
Et qu'en est-il de Turin, capitale mondiale du design ?
"Pour cadrer avec cette manifestation, nous sommes en train d'organiser une sorte de rétrospective de Paolo Mussat Sartor, le célèbre photographe de l'arte povera. Il s'agit d'une exposition portant sur les ‘lieux' des artistes, leurs ateliers et leurs habitations privées. Le public d'Artissima et de la Triennale aura ainsi la possibilité d'admirer pour la première fois une série de clichés inédits relatifs à ce que nous pourrions qualifier de véritable ‘moment héroïque' de l'art italien du xxe siècle."
Artissima. Du 7 au 9 novembre, Lingotto, Turin. Tél. +39 011 1974 4106 et www.artissima.it.
Olivier Reneau
ARTS ET DESIGN LES DERNIERS ARTICLES

Prix de la Revue des Montres 2008
La Revue des Montres est la référence française concernant l'horlogerie de luxe....
> ART & DESIGN : Fresh Art : "Lost Light"...
> MODE : 3 vrais diamants dans...
> MODE : Les Souliers : Les...
> MODE : 3 vrais diamants dans...

